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Lettre ouverte à la Direction de l'EPFL

Une foire aux questions est disponible un peu plus bas.

== English below ==

Madame, Monsieur, cher/ère/s membres de la Direction,

 

Nous sommes un groupe d'étudiant.e.s et collaborateur/trice/s de l'EPFL, non rattaché.e.s à une quelconque organisation ou à un quelconque corps représentatif, mais inquiet.e.s de la gestion par la Direction de l'EPFL de la crise du Coronavirus. Nous souhaitons par la présente fournir un autre point de vue sur cette gestion que celui communiqué par la Direction, qui nous semble très éloigné de la réalité des faits.

 

Un premier point alarmant concernant le fonctionnement actuel de l'École est le manque de prise en compte du corps étudiant dans les dernières prises de décision.

Lorsque les premiers cas de Coronavirus se sont déclarés en Suisse, l'EPFL a eu la présence d'esprit de réagir rapidement, et nous ne pouvons que féliciter cette volonté de mettre en sécurité sa communauté et d'interrompre les chaînes de transmission du virus. Une directive sur l'organisation des examens a été mise en consultation auprès de la communauté académique puis est entrée en vigueur en mai. La communauté étudiante a eu l'opportunité de s'exprimer sur cette directive, et a été partiellement entendue (par exemple, quant à la non-comptabilisation des échecs).

Depuis, la voix étudiante ne semble plus être prise en compte, et on ne peut que constater l'abandon effectif du schéma habituel de prise de décision de l'École. En effet, la directive précitée a ensuite été modifiée, changeant le sens d'un des articles, et ce sans consulter à nouveau la communauté académique.

 

Le Domaine Sécurité, Prévention et Santé (DSPS) publie régulièrement un plan de protection, qui régit très largement l'organisation du campus : annulations d'échanges ou de projets, annulations d'événements, conditions d'accès au campus … La communauté estudiantine n'a jamais été consultée sur les modifications de ce plan, et ses retours a posteriori sont rarement pris en compte de manière satisfaisante. Ces décisions en particulier échappent au schéma de décision habituel, ce qui nous inquiète au plus haut point.

 

Ce manque d'implication de la communauté dans le processus décisionnel nous paraît inacceptable, et possiblement en désaccord avec le corpus législatif fédéral organisant les Écoles polytechniques fédérales.

 

Un second point que nous déplorons est le caractère, sinon inexistant, au moins sporadique de la communication faite par l'École aux étudiant.e.s. Des communications imprécises et incomplètes ont été observées au début de la crise, et étaient excusables par l'urgence de la situation. Leur perpétuation pendant les mois suivants, et encore jusqu'à aujourd'hui, est déplorable.

Entre manque de réponses aux questions explicitement posées par des étudiant.e.s ou leurs représentant.e.s, communiqués évasifs ou inutiles, et rupture progressive du lien entre la Direction et la communauté estudiantine, ces derniers mois ont été frustrants pour un grand nombre d'étudiant.e.s. Au-delà de rendre l'administration de l'École désincarnée et froide, ce manque de communication a un impact direct sur la vie de près de 12'000 étudiant.e.s, qui dépendent de ces annonces pour déterminer dans quelles conditions ils se logeront, et de quelle manière ils subviendront à leurs besoins.

Nombre de décisions ont été transmises à la presse avant d'avoir été annoncées aux étudiant.e.s. D'autres corps de l'EPFL ont été informés de décisions non-officielles pour les étudiant.e.s. Cela, ajouté aux modifications régulières, aléatoires, et souvent non communiquées des directives et du plan de protection, ont engendré une quantité importante de rumeurs et d'inquiétudes au sein de la communauté estudiantine, subissant déjà les bouleversements du contexte actuel. Cette situation nous semble aller à l'encontre de l'Ordonnance du Conseil des EPF imposant à la Direction d'une École de dialoguer sans cesse avec les représentants de ses différents corps. Le fait qu'une décision ne soit pas définitive n'empêche en aucun cas de la rendre accessible à ces corps pour qu'ils puissent formuler des retours et suggestions. Il est admis de préciser que certaines déclarations peuvent être modifiées, et de préciser dans quelle mesure. Mais toute information permettant de s'organiser est bienvenue à près d'un mois de la rentrée académique.

 

Un troisième et dernier point regrettable est le manque général de considération de la communauté estudiantine depuis quelques mois. Plusieurs exemples de cette observation seront cités, mais ils ne constituent pas une liste exhaustive.

 

L'accès aux locaux, n'était permis qu'aux collaborateur/trice/s pendant une longue période. Aucune exemption pour études n'a été admise, pas même pour des expériences en laboratoire (avec pourtant un accord des encadrant.e.s). Les étudiant.e.s sont désormais autorisé.e.s à venir sur le campus, mais seul un faible nombre de places de travail ont été mises à disposition (au plus 700 places pour 5'700 inscrit.e.s aux examens), et ces derniers/ère/s ont l'interdiction formelle d'étudier dans une autre salle ou dans un couloir (des agents de sécurité ont fait sortir des étudiant.e.s travaillant dans des couloirs et bibliothèques de section). L'insistance pour organiser les examens en présentiel ne concorde donc pas avec le manque d'efforts pour garantir le bon déroulement des révisions en présentiel également, et ce malgré les retours d'un sondage réalisé par l'AGEPoly quant aux conditions de travail des étudiant.e.s à leur domicile.

 

Les masques, rendus obligatoires pour assister aux examens, ne sont pas fournis gratuitement aux étudiant.e.s. Ils sont pourtant offerts aux collaborateur/trice/s de l'EPFL. Il nous semble inacceptable d'interdire l'accès à un examen à un.e étudiant.e pour un motif logistique et financier.

 

L'évaluation des enseignements a été annulée pour le semestre de printemps 2020, sans prévenir les étudiant.e.s. Ces évaluations auraient été particulièrement constructives et auraient apporté de précieux éléments d'amélioration pour l'évolution de l'enseignement en ligne. L'École a justifié l'annulation de ces évaluations par les conditions d'enseignement non adaptées de ce semestre. Si les étudiant.e.s peuvent être évalué.e.s sur leur travail fourni dans de telles conditions, il nous paraît essentiel que les enseignements le soient également.

 

Un point primordial à aborder est l'absence de prise en compte du bien-être des étudiant.e.s depuis mars dernier. Les décisions prises depuis lors s'axent uniquement sur la protection physique, sans aucunement prendre en compte la santé psychologique. Un parcours académique à l'EPFL est particulièrement éreintant, autant physiquement que psychologiquement. En ajoutant à cela les risques psychologiques liés au contexte actuel, il nous paraît inacceptable que la santé mentale ne semble avoir été prise en compte dans aucune réflexion depuis le début de la crise. Nombre d'étudiant.e.s se sont retrouvé.e.s en situation de détresse, parfois séparé.e.s de leurs ami.e.s et/ou de leur famille, souvent esseulé.e.s dans leur résidence étudiante. Ce sentiment de solitude est amené à se prolonger suite à la décision de l'EPFL de séparer les étudiant.e.s de manière aléatoire sur le campus pendant le semestre à venir. Aucun effort explicite n'a pu être constaté de la part de l'École pour valoriser l'aide psychologique. La crise actuelle se jouant autant sur l'axe social que sanitaire, nous sommes attristés qu'une École comme l'EPFL ait abandonné toutes ses initiatives habituelles en matière d'aide psychologique dans ce contexte.

 

En arrivant au terme de ce semestre particulièrement intense, nous avons l'impression que la confiance accordée par les étudiant.e.s à leur Direction a été brisée. Nous regrettons profondément la rupture de ce lien et, n'ayant pas la possibilité de dialoguer convenablement avec notre École via ses corps représentatifs, avons pris la décision de faire remonter la voix des membres de l'École directement.

 

Cordialement,

Des étudiantes, collaboratrices, étudiants et collaborateurs de l'EPFL.

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== English ==

Open letter to the EPFL Board

Frequently asked questions are available below.

Dear Madam, Sir, dear members of the Board,

 

We are a group of students and collaborators of the EPFL, not attached to any organization or representative body, but concerned about the EPFL Board's handling of the Coronavirus crisis. We hereby wish to provide another point of view on this Board than the one communicated by the Board, which seems to be very far from the reality of the situation.

 

A first alarming point concerning the current functioning of the school is the lack of consideration of the student body in the latest decisions.

When the first cases of Coronavirus were declared in Switzerland, EPFL had the presence of mind to react quickly, and we can only congratulate this willingness to keep its community safe and to interrupt the chains of transmission of the virus. A directive on the organization of the exams was put out for consultation with the academic community and came into effect in May. The student community was given the opportunity to express its views on this directive, and was partially heard (e.g. non-accounting of failures).

Since then, the student voice no longer seems to be taken into account, and we can only note the undeniable abandonment of the school's usual decision-making pattern. Indeed, the above-mentioned directive was then modified, changing the meaning of one of the articles, without consulting the academic community beforehand.

 

The Safety, Prevention and Health Department (DSPS) regularly publishes a protection plan, which largely governs the organization of the campus: cancellations of exchange years or projects, cancellations of events, conditions to access the campus, etc. The student community has never been consulted on the modifications of this plan, and its feedback is rarely taken into account in a satisfactory manner. These decisions in particular steer away from the usual decision-making process, which is of great concern to us.

 

This lack of community involvement in the decision-making seems unacceptable to us, and possibly at odds with the federal legislative corpus organizing the federal polytechnical schools.

 

A second point that we deplore is the sparse, if not non-existent, nature of the communication made by the school to the students. Imprecise and incomplete communications were observed at the beginning of the crisis, and were excusable by the urgency of the situation. Their perpetuation over the following months, and to this day, is deplorable.

The lack of answers to student questions, the evasive or useless communiqués, and the progressive breaking of the link between the Board and the student community have all amounted to making the past few months frustrating for a large number of students. Beyond making the School's Board disembodied and cold, this lack of communication has a direct impact on the lives of nearly 12,000 students, who depend on these announcements to determine under which conditions they will be housed, and how they will meet their needs.

Many of the decisions were released to the press before being announced to students. Other EPFL bodies have been informed of unofficial decisions concerning students. This, combined with the regular, random, and often uncommunicated changes to the guidelines and the protection plan, have generated a significant amount of rumors and concerns within the student community, already experiencing the upheavals of the current context. This situation seems to us to go against the Ordinance of the CEPF requiring the management of a school to constantly dialogue with the representatives of its various bodies. The fact that a decision is not final or still under consideration shouldn't prevent it from being made accessible to these bodies so that they can formulate feedback and suggestions. It is permissible to specify that certain measures may be modified, and to specify to what extent. However, any information that could help us to organize ourselves is welcome so close to the beginning of the academic year.

 

A third and final regrettable point is the general lack of consideration of the student community in recent months. Several examples of this observation can be cited here, but they do not constitute an exhaustive list.

Access to the campus was only allowed to employees for a long period of time. Students are now allowed to come to the campus, but only a small number of workplaces have been made available (at most 700 places for 5,700 registrants, e.g. for exams), and they are formally forbidden to study in another room or in a corridor (security guards have removed students working in corridors and faculty libraries). The persistence in organizing on-campus exams does not align with the lack of efforts to ensure that on-campus revisions could also take place, despite the feedback from a survey conducted by AGEPoly on the working conditions of students at home.

 

The masks, which are mandatory to attend the exams, are not provided free of charge to students. However, they are offered to EPFL employees. It seems unacceptable to us to deny access to an exam to a student for logistical and financial reasons.

 

The feedback for courses was cancelled for the spring semester 2020, without warning students. This feedback could have been particularly constructive and would have brought valuable elements of improvement for the evolution of teaching online. The School justified the cancellation of this feedback by the unusual teaching conditions of this semester. If students can be evaluated on their work in such conditions, it seems essential to evaluate teaching as well.

 

A key point to be addressed is the lack of consideration for the students' well-being since last March. The decisions taken since then have focused solely on physical protection, without any consideration for psychological health. An academic career at EPFL is particularly grueling, both physically and psychologically. Adding to this the psychological risks linked to the current context, it seems unacceptable to us that mental health has not been taken into account more since the beginning of the crisis. Many students found themselves in situations of distress, sometimes separated from their friends and/or family, often alone in their student accommodation. This feeling of loneliness is likely to continue following EPFL's decision to separate students randomly on campus during the coming semester. No explicit effort has been made by the School to promote psychological assistance. As the current crisis is affecting both the social and health axis, we are disappointed that a school like EPFL has abandoned all its usual initiatives in terms of psychological help in such a distressing context.

 

As we come to the end of this particularly intense semester, we have the impression that the trust placed by the students in their School Board has been broken. We deeply regret the breaking of this link and, not being given the possibility to dialogue properly with our School through its representative bodies, we decided to bring to you the voice of the members of the School directly.

 

Sincerely,

EPFL students and staff.

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FAQ (Frequently Asked Questions)